Malgré quelques événements politiques mouvementés, dont une prise de pouvoir de la
« maison blanche » par des opposants à l’ancien gouvernement en mars 2005 sur fond
d’opposition entre le sud et le nord, le pays peut être considéré comme le plus sûr
parmi ses voisins, partiellement épargné par les mouvements islamistes Le pays était
jusqu’alors dirigé par Askar Akaevitch Akaiev installé depuis la chute de l’Union
soviétique en 1991 et la proclamation d’une république indépendante la même année.
L’instauration d’un nouveau gouvernement alors prometteur n’a finalement produit aucun
changement tant au niveau économique, politique que social. Un système marqué par la
corruption qui participe au désintérêt de beaucoup de Kirghizes désabusés par la chose
politique. L’alors nouveau président Bakiev (devenu ex depuis avril 2010) a écarté toute
opposition et n’a hésité pas à user des moyens forts…En bref, un pouvoir central fort dont
seul le nom de démocratie est bien réel…
La situation économique est tendue. Le prix des denrées de base ne cesse d’augmenter
parallèlement à l’envolée du prix de l’électricité. De ces tensions, de violents
affrontements ont eu lieu le 7 avril 2010 dans la capitale à Bichkek et l’armée
tire dans la foule devant le gouvernement et tue 87 manifestants.
Bakiev est sommé de s’enfuir. Un gouvernement de coalition est formé et c’est
une femme, Roza Otunbaeva qui prend la tête du pays dans l’intervalle de l’organisation
d’élections législatives qui auront lieu en octobre 2011 et à l’issue desquelles un
nouveau président est désigné en la personne d’Almazbek Atambaev, alors premier ministre.
Une curieuse impression de continuité malgré les épisodes révolutionnaires qui ont
déclenché plus d’agitations que de changements…
Pour plus d’infos :
http://www.world-military.net/spip.php?article240&lang=fr#nb12
Analyse géopolitique passionnante du pays par René Cagnat, officier et diplomate français retraité, docteur ès sciences politiques,
amoureux de l’Asie centrale qui y vit depuis plus de 15 ans et partage ses analyses dans
des essais et lors des conférences…
Au niveau économique...
Une grande partie des
Kirghizes vivent
de l’agriculture, bien que seul 7% du territoire soit cultivable (90% du
territoire se situe au dessus de 1500 mètres). Le pays compte des ressources
minières telles que charbon, or, uranium notamment. Le Kirghizistan ne peut pas
compter sur des ressources telles que le gaz et le pétrole comme son voisin
kazakh, dont l’économie bénéficie de belles retombées. Les rivières
offrent un
grand potentiel hydroélectrique.. En résumé, l’économie demeure fragile en
comparaison avec ses voisins centre-asiatiques.
Un peu d’histoire...
Les tribus kirghizes, dont les terres de
pâturages se trouvaient dans la région du Haut-Ienisseï, en Sibérie,
commencèrent à migrer en direction des Tian-Shan dès le Xème siècle. La
colonisation de la Sibérie par l’Empire russe provoqua une seconde vague de
migration au XVIIème siècle. Au XVIIIème siècle, les Kirghizes étaient encore
très peu islamisés,. Ils restaient de vrais nomades, chamanistes et indépendants,
et assez indifférents à tous les pouvoirs qui dominèrent les Tian-Shan. Leur
sédentarisation ne se fit que sous le pouvoir soviétique. (Asie centrale,
Petit futé, 2001). D’autres sources indiquent toutefois que les Kirghizes
auraient un passé de sédentaires bien plus ancien que leur tradition nomade…
Pour un
Kirghize, l’Histoire, c’est
d’abord une généalogie,celle de sa famille. « Qui ignore le nom de ses sept
ancêtres est un traître » d’après F. de Rocca, De l’Alaï à l’Amou-Daria,
cité par Rémy Dor dans Parlons kirghiz », L’Harmattan, 2004. De tradition
orale, l’épopée de Manas, cycle de légendes orales, rassemble le peuple
kirghize autour de son histoire commune à travers Manas, son héros.
Les Kirghizes
demeurent des éleveurs et
des bergers, dont la vie est rythmée par le quotidien du troupeau : garder les
bêtes, les rentrer, faire les traites, transformer le lait. Ils ne pratiquent pas
un grand nomadisme, plutôt une transhumance qui ressemble à celle qui se
pratique en France. De même que les brebis quittent la Provence pour chercher
les pâturages dans les Alpes ou les Pyrénées, les Kirghizes quittent leurs
villages ou leurs camps d’hiver pour monter au jailoo. Ensuite, il s’agit
de déplacer deux ou trois fois le camp pour en trouver un autre, un peu plus
loin ou un peu plus haut. Les lieux de campement sont réguliers et invariables,
ce sont les places coutumières de la famille.
Et la vie, la belle vie d’été
s’organise… Je crois qu’en fait les plus grandes nomadisations d’été sont celles
qui mènent les cavaliers de yourte en yourte. Il n’y a pas besoin de prétexte
pour se rendre visite. La porte d’une yourte est toujours ouverte au visiteur,
le koumis - lait de jument fermenté, n’attend que lui et l’invitation ne se refuse
pas. L’été est la saison des fêtes, des rencontres et des rires.
Extrait du dossier « Kirghizistan Le vent des
steppes », Damien Parisse, Trek magazine, no 79, juin 2006.